VR guy roger duvert

Le réalisateur, Guy-Roger Duvert, et l'affiche du film.

 

VIRTUAL REVOLUTION

Date de sortie : 12 octobre 2016.

Durée : 92 minutes.

En VOSTFR à Paris, Aubagne et Berck.

Synopsis (source allociné.fr) : A Paris, en 2047, alors que la population vit connectée en permanence à des mondes virtuels, un agent employé par une multinationale est chargé de traquer des terroristes qui menacent le système.

Mon état d'esprit avant :

En allant voir Virtual revolution j’espérais bien voir autre chose que ce qui me soulait dans les films américains à gros budget. L’histoire y est souvent bâclée au profit des effets spéciaux, des courses poursuites et des explosions, les personnages ne se reposent jamais, n’ont pas le temps de réfléchir, de douter, comme dans la vraie vie. Tout va trop vite, trop fort, trop loin, c’est d’un pénible ! C’est pour cette raison que je ne suis pas retournée au cinéma depuis longtemps. La nana qui court en talons aussi vite qu’en baskets (faut qu’elle participe aux JO, celle-là, elle va souffler les autres concurrentes), comme dans Time out, ou dont la chemise ressort plus blanche que blanche après trois explosions et des roulades à terre dignes des meilleurs commandos, comme dans le troisième volet de Transformers, ou encore un héros au regard totalement inexpressif mais encore les rouages habituels et convenus du film pour ados qui finalement ne développe rien d’autre que la quête de soi dans un monde d’enfoirés d’adultes, comme dans Divergente, tout cela m’a fait bouder le cinéma pendant pas mal de temps. De plus, je suis extrêmement exigeante dans la cohérence du déroulement de l’histoire, particulièrement en science-fiction. Par exemple, Interstellar est  particulièrement réussi, mais il s’y trouve un problème de taille concernant la relativité à plusieurs moments. Il est admis que le temps s’écoule plus lentement dans l’espace que sur une planète : le temps y est ralenti car un objet (humain dans une navette par exemple) s’y déplace plus vite qu’un objet  fixe (humain sur la Terre). Par contre, pour un objet en orbite géostationnaire, le temps s’écoule de la même manière que pour l’objet fixe sur la planète. Or ce principe vole en éclats sur la planète Miller (la planète couverte d’eau) où le temps s’écoule plus vite pour leur ami resté dans le vaisseau dans l’espace que pour Cooper et Amélia, sur la planète. Deuxième problème de temps, encore une fois, mais sur la troisième planète, la planète Edmunds où seule Amélia va arriver. Comment Cooper peut-il espérer la rejoindre et surtout l’y retrouver vivante à la fin du film, sachant qu’il aura voyagé à travers deux trous de ver (voyages quasi instantanés) en l’espace de quelques mois, et que, de fait, le temps se sera forcément écoulé plus vite sur la planète Edmunds, où Amélia aura forcément vieilli, voir atteint la mort ? Pour le reste, le film est bien travaillé et je regrette de ne pas avoir pu le voir au cinéma.

Bref. Je suis donc une spectatrice pointilleuse. Concernant Virtual revolution, je ne m’attarderai pas ici sur les techniques cinématographiques, que je ne maîtrise pas et que je ne peux donc pas juger.

ciné aubagne

Cinéma Le Palace - Aubagne

Ce qu'il faut savoir :

Virtual revolution est le premier long métrage du réalisateur Guy-Roger Duvert. Le film a été réalisé avec de petits moyens. L’absence de gros budget se voit dans le nombre de figurants, forcément restreint mais cela n’a pas beaucoup d’impact sur l’histoire puisque les humains sont quasiment tous cloîtrés chez eux, connectés en permanence sur le Web. L’absence de gros budget se ressent aussi dans le déroulement des scènes : on ne voit pas les personnages déambuler dans différents couloirs ou au milieu de paysages qui nous permettraient de voir de façon plus large tel ou tel immeuble, tel ou tel construction futuriste, tel ou tel lieu de l’un des mondes parallèles que l’on imagine riche et plus intéressant que la vraie vie. Par contre, les effets spéciaux modernes sont présents, les images sont superbes, les lieux filmés sont travaillés, et cela n’a rien à voir avec un film d’il y a vingt ans en arrière : nous avons bien là un film d’aujourd’hui. Le gros point positif étant que l'histoire se déroule à Paris, et ça fait vraiment plaisir de voir un film de science-fiction qui met en scène une ville française et non pas américaine.

Une fois qu’on sait cela, on se concentre sur le reste, sur le fond de l’histoire, et en cela le film est une réussite admirable. Du jeu des acteurs à la profondeur de l’histoire, en passant par la succession des scènes d’action, les références à des films bien connus et aux jeux de plateaux, ou encore le clin d’œil à Coluche, et bien sûr aux costumes, ce film est tout simplement magnifique.

De mon côté perfectionniste... :

Seules quelques petites bricoles m’ont embêtée.

Dans les sous-titres, tout d’abord, deux fautes m’ont piqué les yeux : « qui est-tu » et « quatres ». C’est du même ordre que ces coquilles ennuyeuses que j’ai retrouvé dans mes propres romans une fois parus. Des erreurs humaines agaçantes quand on voudrait que tout soit nickel.

Autre petit souci : dans le décor de fond que l’on voit depuis l’appartement de Nash. Pour une population connectée à 75 % quasiment tout le temps, j’ai trouvé qu’il y avait beaucoup trop de véhicules qui circulaient dans les airs, d’autant plus lorsque l’on voit à quel point les rues sont vides. (Explication donnée dans les commentaires ci-dessous.) Bien sûr, le clin d'oeil à un autre excellent film français de science-fiction est évident.

Troisième point, lorsque les joueurs sortent de chez eux, à un moment, on ne voit que des bien portants qui savent en plus se battre avec force, alors que les Connectés ont été décrits comme majoritairement squelettiques ou obèses…

Enfin, dernier petit point : le choix de l’époque. L’histoire se déroule en 2047. Or, Dina, responsable de Synternis, incarnée par Jane Badler, (nous) explique que le fait que les gens soient en majorité connectés a considérablement réduit leur espérance de vie : les Connectés ne vivent en moyenne qu’une quarantaine d’années. Sachant qu’on est bientôt en 2017, l’histoire se déroulerait donc dans trente ans. Pour évaluer la durée de vie d’un humain perpétuellement connecté, il faudrait avoir suffisamment de recul pour connaître exactement les effets de la connection perpétuelle sur l'organisme. Il faudrait donc pouvoir en juger par rapport à la durée de vie d’un humain qui naîtrait en 2017, et qui grandirait bercé entre la réalité et le virtuel. La première génération « exploitable » pour tirer des conclusions sur l’espérance de vie ne mourrait donc potentiellement, au mieux, qu’en… 2057 ! Même en imaginant que les enfants nés depuis 2007 soient plongés dans ce futur virtuel et décèdent donc en moyenne à quarante ans, on tomberait sur l’année 2047… et il ne serait de toute façon pas possible non plus d’affirmer, en 2047, une telle généralité sur l’espérance de vie puisqu’il n’y aurait aucun recul…

Explication sur ce dernier point (donnée sur FB) : "Lors de la connexion synaptique, le gamer est plongé dans un état en tous points comparable à un coma. L'espérance de vie citée par Dina est une prévision basée sur la connaissance d'alors en matière de dégradation du corps lors d'un coma. Ces anticipations sont directement issues des études ayant orienté les corporations ET les gouvernements lors de la décision de mise en place du revenu universel." - Marc Azagury.

 

Kate VR

 

Globalement : un travail remarquable, un film abouti.

À part ces points de détail, de bout en bout ce film est une réussite. Le travail en amont a dû être conséquent. Quand je vois le temps qu’il m’a fallu pour composer l’intrigue complexe de mon premier roman et celle sur laquelle je travaille pour le quatrième, je me dis que Guy-Roger Duvert a fait un travail colossal pour présenter un film d’une telle richesse. Quelques financements supplémentaires auraient fait de Virtual revolution le meilleur film de cette décennie, rivalisant sans problème avec Paycheck qui pour moi est l’un des meilleurs films de science-fiction (cohérence, jeu des acteurs, décor, réalisme) que j’ai vus. (Sans parler, évidemment, de Star Wars, épisodes 1 à 6, mais c’est autre chose, plus de la SF-fantasy.)

Tous les personnages de Virtual revolution sont charismatiques, ont leur caractère propre, réfléchissent et interagissent entre eux selon leurs motivations propres. Les jeux de pouvoir sont parfaitement décrits. Le héros, Nash, incarné par Mike Dopud, a non seulement un rôle dans le déroulement de l’histoire mais aussi dans celui de la réflexion de l’un des personnages clé, Camylle, incarnée par Kaya Blocksage. Les propos sont posés (= présentés dans le calme, et pas en pleine course-poursuite entre deux explosions, comme dans trop de films US), et l’anglais est parfaitement compréhensible quasiment tout au long du film pour toute personne ayant un niveau bac. Evidemment le film est sous-titré. Les visages sont expressifs, très bien filmés, et on saisit toutes les émotions qui agitent les personnages. Quel plaisir de partager avec eux leurs réflexions ! J’avais l’impression de lire un livre, de « participer » à l’histoire bien plus que devant n’importe quel autre film, dans le sens où le réalisateur semblait nous prendre par la main pour nous entraîner dans ce sombre avenir.

Les scènes d’action sont parfaitement travaillées. Pas de super-héros qui enchaîne les coups de poing ou de feu sans égratignures. On sent le poids des coups, on voit l’impact des balles dont les victimes ne se relèvent pas. Le héros, d’ailleurs, dérouille et se fait piéger à plusieurs reprises. Il est intéressant de voir comment il s’en sort et ce de façon logique et réaliste. Mention spéciale à tout le passage durant lequel on suit la jolie Kate. Quelle actrice, cette Petra Silander ! Un régal de bout en bout ! J’étais totalement immergée !

Enfin, la musique. Composée par Guy-Roger Duvert lui-même, elle est tout simplement parfaite. Adaptée à chaque scène elle participe pleinement de l’ambiance de chacune et du ton du film en général. Discrète quand nécessaire, angoissante quand la tension monte, crépitante pendant l’action, c’est juste un régal de la première à la dernière scène. Bien loin des bandes sonores en permanence agressives ou inadaptées qui cassent bien souvent la tête dans les films et séries américains. On l’aura compris, le cinéma américain me sort par les yeux.

Le film suscite la réflexion sur notre monde de plus en plus connecté, sur le temps de plus en plus important que l’on passe online, sur la liberté de penser ou encore celle de choisir sa vie. La fin de Virtual revolution est admirable. Elle ne nous est pas livrée toute cuite, elle fait réfléchir.

Ainsi, je vous conseille chaudement ce film, il est à voir absolument. Les adeptes d’action seront servis, les fans de science-fiction aussi, les cérébraux à n’en pas douter. Un peu d’indulgence par rapport au manque de moyens, un brin d’effort parce que la VOST demande moins de passivité qu’un film en français, et ensuite vous en profiterez pleinement !

D'autres retours sur ce film sont à lire ICI ou encore , et bien sûr via la page FB de Guy-Roger Duvert.

Virtual Revolution Teaser Ulule Tachkent Productions Guy Roger Duvert Olivier Biercewicz